Deux fusillades mortelles ont frappé, en trois jours, la province de Nonthaburi, au nord-ouest de Bangkok. Vendredi 7 août, un adolescent de 14 ans a tué ses grands-parents, puis ouvert le feu dans son lycée : six autres personnes sont mortes, dont une fillette de 12 ans, avant qu’il ne se donne la mort. Trois jours plus tard, un ancien député a abattu un responsable local après un différend financier.
De notre correspondant à Bangkok,
Les tueries de masse sont rares en Thaïlande, mais ces dernières années, elles ont tendance à se répéter. En 2020, un militaire a tué 29 personnes dans le nord-est du pays. En 2022, un ancien policier a tué 36 personnes, dont 24 enfants, dans une crèche. Et en 2023, un autre adolescent de 14 ans a ouvert le feu à Siam Paragon, un centre commercial de Bangkok : trois personnes sont mortes.
Finalement, ces drames mettent surtout en lumière la très forte circulation des armes dans le pays. On estime qu’il y en a plus de 10 millions entre les mains de civils, soit environ 15 armes pour 100 habitants, le taux le plus élevé d’Asie du Sud-Est.
Une loi stricte mais peu appliquée
En Thaïlande, la possession d’une arme est légale à partir de 20 ans, sous certaines conditions : il faut notamment un casier judiciaire vierge et justifier d’une situation stable. La loi prévoit une autorisation pour acheter une arme, puis une licence pour la détenir. Et pour la porter en public, il faut encore une autorisation distincte. En fin de compte, la loi est plutôt stricte sur le papier.
Le problème vient surtout de l’application de la loi. Sur les quelque 10 millions d’armes estimées dans le pays, environ 4 millions ne seraient pas enregistrées. Il y a aussi les welfare guns, des programmes qui permettent aux policiers, militaires et fonctionnaires d’acheter des armes à prix réduit. Selon plusieurs experts, une partie de ces armes a ensuite alimenté le marché noir.
Et ce marché illégal est désormais accessible en ligne. Avant la fusillade de Siam Paragon en 2023, l’adolescent avait réussi à acheter sur internet un pistolet à blanc modifié pour tirer de vraies balles.
Un nombre d'armes illégales en circulation très élevé
Mardi 11 août, le Premier ministre Anutin Charnvirakul a indiqué avoir ordonné au ministère de l'Intérieur de cesser de délivrer des autorisations de détention, d'achat et de port d'armes, appelant à « des contrôles plus stricts et des sanctions fermes ».
Il veut aussi revoir les permis existants, geler les programmes d’armes à prix réduit et préparer une réforme de la loi sous 60 jours. Comme après chaque drame, le gouvernement promet donc de renforcer les contrôles. Mais pour les spécialistes, le problème est structurel : il faudrait réduire le nombre d’armes illégales en circulation et mieux faire appliquer la législation existante.
Car le débat revient après chaque fusillade, puis retombe assez vite. En Thaïlande, les armes restent aussi associées, pour une partie de la société, au pouvoir, au statut et au privilège.