De notre envoyée spéciale à Madrid – Trains complets, covoiturages improvisés, partage de spots idéaux sur les réseaux sociaux... À la veille de l'éclipse de soleil, touristes et passionnés convergent vers la bande de totalité qui traversera l'Espagne mercredi. À Madrid, France 24 a rencontré plusieurs d'entre eux sur le départ.
Pour quelques minutes – parfois même secondes – d'ombre, des milliers de personnes sont déjà en mouvement pour admirer l'éclipse totale de soleil qui aura lieu mercredi 12 août. À la veille de l'événement, c'est l'effervescence en Espagne, notamment à Madrid, qui s'apprête à se vider un peu, la capitale espagnole étant située en dehors de la zone de totalité.
"J'ai décidé de contempler l'éclipse totale de soleil depuis Almazan", une ville médiévale de la province de Soria, écrit Daniel Ostrowski sur un groupe Facebook dédié à l'éclipse, dans un message accompagnant la photo d'un coucher de soleil photographié dimanche soir depuis le parc du Cerro del Tio Pio, à Madrid. "L'un de vous a-t-il prévu de l'observer aussi de là-bas, et de rentrer juste après ?", demande-t-il alors qu'Almazan se situe à quelque 200 kilomètres au nord-est de la capitale espagnole.
À J-1, ces groupes voient les publications se multiplier encore et encore. Certains recherchent un covoiturage, d'autres un véhicule de secours après l'annulation soudaine d'une réservation faite il y a pourtant plusieurs semaines... Les plus chanceux, déjà arrivés sur leur lieu d'observation, partagent fièrement les photos du panorama choisi pour le jour J. Chacun en est sûr : son emplacement est le meilleur qui soit.
À la gare de Madrid-Chamartin-Clara Campoamor, au cours de la journée, la file d'attente menant au contrôle des bagages – obligatoire pour accéder aux trains – se fait de plus en plus dense. L'écrasante majorité des trains pour Leon, dans le nord-ouest de l'Espagne, sont complets. Pour Gijon et La Corogne – deux villes côtières de la région des Asturies, particulièrement prisée des observateurs de l'éclipse –, plus aucune place disponible ni mardi, ni mercredi, sur le Réseau national des chemins de fer espagnols (Renfe).
Les articles de la série
Alors que l'Europe n'a pas observé d'éclipse solaire depuis 1999, France 24 consacre une série d'articles à cet événement astronomique parmi les plus attendus de la décennie sur le continent, avec des reportages depuis la bande de totalité, en Espagne.
Chasseurs d'éclipses : de père en fils, à la poursuite de l'ombre de la Lune (1/4)
Couronne solaire, comportement animal et humain... que peuvent nous apprendre les éclipses ? (2/4)
"La première de nos vies" : en Espagne, la ruée avant l'éclipse totale (3/4)
Des régions d'ordinaire moins prisées
Pour Magali et son fils Maxime, venus de France, cap sur la Galice, à l'extrême nord-ouest du pays. S'ils ne s'y rendent pas spécialement pour l'événement, ils ont quand même choisi leurs dates de voyage pour pouvoir admirer l'éclipse, depuis un village situé sur le bord de la bande de totalité.
"La Galice n'est pas aussi touristique que la côte méditerranéenne, mais c'est une région magnifique et je pense que l'éclipse est un bon moyen de la faire découvrir", estime Magali, qui se réjouit de pouvoir l'observer en pleine nature.
"En 1999, j'avais regardé l'éclipse totale en France depuis le toit de l'endroit où je travaillais. Cette fois, ça va être un peu plus intéressant : il faudra être attentif à l'environnement, aux animaux, aux ombres aussi."
Quand l'"Espagne vide" fait le plein
Parce qu'elles comptent parmi les meilleurs endroits en Europe pour observer l'éclipse du 12 août, les régions espagnoles de Castille-et-Leon, des Asturies ou encore de la Communauté valencienne seront parmi les principales bénéficiaires économiques du phénomène astronomique.
Les experts estiment d'ailleurs que l'événement représente une opportunité historique pour le développement du tourisme dans l'Espagne intérieure, surnommée "Espagne vide" pour décrire les zones rurales de l’intérieur du pays qui ont subi un dépeuplement intense après l’exode des années 1950 et 1960.
D'après un rapport réalisé par International Financial Analysts (AFI) pour Airbnb, les trois éclipses qui auront lieu en 2026, 2027 et 2028 pourraient générer plus de 1,3 milliard d'euros de dépenses touristiques en Espagne. Dans ce contexte, la Castille-et-Leon figure parmi les communautés autonomes présentant le plus fort impact économique projeté, après la Communauté valencienne et Madrid.
Au dernier rang d'un des salons d'attente, dont tous les sièges sont occupés, une mère s'amuse avec ses deux jeunes enfants, pour qui il devient très difficile de tenir en place.
Pluie d'étoiles filantes
Eleni, son mari David et leurs deux garçons de six et trois ans attendent au milieu de leurs bagages que s'affiche la voie du train de 12 h 15 à destination de Valence. Ils sont arrivés la veille de New York et ont prévu ce périple dans l'unique but d'assister à l'éclipse.
"Nous avions vu l'éclipse de 2017 depuis le Colorado où elle n'était que partielle (autour de 90 % d'obscuration dans cet État de l'Ouest des États-Unis, NDLR). David a donc regardé où auraient lieu les prochaines, et nous nous sommes organisés pour venir en Espagne cette année afin de voir la première éclipse totale de nos vies", explique Eleni.
Plusieurs membres de leur famille les attendent déjà à Valence. Ensemble, ils observeront l'éclipse depuis la plage. "Demain est un grand jour, cela sera sûrement magnifique", ajoute David. Il évoque également la pluie d'étoiles filantes des Perséides qui viendra ajouter davantage de magie au spectacle céleste, espérant que son fils ainé s'en souvienne longtemps.
Des mois de préparation
Plus loin, des compatriotes américains – de Californie, cette fois – vérifient leurs billets sur un téléphone. Voilà des mois qu'April et Bill préparent ce voyage, auquel prend également part Jonathan, leur ado de 12 ans.
La famille a déjà traversé une partie de l'Espagne, de Barcelone à Madrid, en passant par Grenade, Séville, et bientôt la belle Ségovie, par laquelle s'achèvera leur aventure espagnole. C'est là-bas qu'ils ont choisi d'admirer l'éclipse. Probablement depuis les collines, à l'est de la ville, précise Bill en tendant son téléphone.
"Voilà une photo que j'avais prise en 2024 lors de l'éclipse partielle à Los Angeles", s'enthousiasme-t-il. Mais à peine a-t-il le temps de l'admirer que son fils balaie l'écran, préférant montrer des photos de lui imitant les dents d'un morse avec deux frites.
"Ce n'est pas que Jonathan se fiche de l'éclipse, mais il semble commencer à trouver le temps long durant ce périple familial. Il le dit lui-même : 'Les deux seules choses que j'attende vraiment depuis le début de ce voyage, c'est l'éclipse... et rentrer à la maison. Je veux voir mon chat.'"
Pour le chat, il faudra encore patienter quelques jours. Pour l'éclipse, plus qu'une nuit.