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Japon: 81 ans après Nagasaki, le gouvernement relance le débat sur la dissuasion nucléaire

Le ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi, s'adresse à la presse au sud de Tokyo, le 30 janvier 2026.
Le ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi, s'adresse à la presse au sud de Tokyo, le 30 janvier 2026. © Eugene Hoshiko / AP

Le Japon commémore ce dimanche le bombardement atomique de Nagasaki du 9 août 1945, après les commémorations d'Hiroshima le 6 août. Cette année, les cérémonies se déroulent dans un climat tendu car la coalition au pouvoir envisage de revoir la doctrine de l’archipel en matière d’armes nucléaires, qui lui interdit de posséder de telles armes, d’en fabriquer, et ne permet pas non plus qu’elles soient entreposées sur son territoire ou y transitent. Et le sujet fait débat.

Au moment où le Japon marque le 81e anniversaire des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, les dirigeants nippons plaident pour relancer le débat sur la dissuasion nucléaire. « Plus aucun tabou n’est de mise en matière d’armes nucléaires », selon le ministre de la Défense Shinjiro Koizumi. C’est aussi ce que pense toute l’aile la plus conservatrice de la coalition, dirigée par la Première ministre nationaliste Sanae Takaichi.

À ses yeux, en cas de crise majeure – avec la Chine par exemple, concernant Taïwan –, Tokyo doit autoriser le Pentagone à entreposer de telles armes dans les bases militaires qu’il possède au Japon, et lui permettre de stationner dans les eaux territoriales nippones ses sous-marins lanceurs d'engins, capables de tirer des missiles nucléaires de longue portée. Sa position ambiguë a immédiatement suscité l'inquiétude des survivants des bombardements atomiques américains de 1945 et de tous les pacifistes de l'archipel. Et en décembre dernier, un haut responsable de l'administration, gardant l'anonymat, avait déclaré lors d'un échange officieux avec des médias locaux qu'il estimait que le Japon devrait posséder des armes nucléaires.

Une vaste révision de la stratégie de défense

Les trois quarts des sondés s’opposent à un tel scénario, à l’image de cette octogénaire. « Le Japon et, au-delà, le monde entier sans armes nucléaires : si tant est que ce soit possible de mon vivant, ce serait le plus beau cadeau que je pourrais laisser à mes petits-enfants », confie cette Japonaise au micro de notre correspondant à Tokyo, Bruno Duval.

Ce fonctionnaire, lui, juge qu’il faut hélas débattre des armes nucléaires. « L’idéal serait que le Japon ne possède pas de telles armes, vu son passé, mais est-ce réaliste ? La triple menace chinoise, russe et nord-coréenne, ce n’est pas rien », déplore-t-il.

Le gouvernement de Sanae Takaichi, arrivée au pouvoir l'automne dernier, mène actuellement une vaste révision de la stratégie de défense, face à l'expansion des ambitions militaires de la Corée du Nord et de la Chine, appelant à un renforcement de son armée avec « un sentiment d'urgence et de crise », selon le ministre de la Défense. Le Japon a déjà levé l'interdiction qu'il s'était lui-même imposée sur les exportations d'armement, augmenté les dépenses de défense de façon conséquente et milite pour une révision de la Constitution pacifiste du pays.

La coalition au pouvoir envisage également de doter l’armée nippone de sous-marins à propulsion nucléaire. Le cas échéant, ce serait tout autant un tournant majeur, l’archipel s’étant toujours engagé à n’utiliser l’atome qu’à des fins civiles et non militaires.

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