Après le succès du « Parti des cafards » à New Delhi, la mobilisation populaire gagne d’autres régions de l’Inde. Dans l’est du pays, dans l'État du Jharkhand, des jeunes protestent massivement depuis quinze jours contre les fraudes aux concours de recrutement des fonctionnaires. Avec le même contexte social : de la corruption, des fraudes aux examens et le chômage des jeunes, mais la cible politique, elle, est différente. Ici, c’est le gouvernement local, auquel participe le parti du Congrès de Rahul Gandhi, qui est mis en cause.
Avec notre envoyé spécial de retour de Ranchi, dans l'État du Jharkhand, Abdoollah Earally
Devant la Commission de la fonction publique, à Ranchi, dans la capitale du Jharkhand, une trentaine de jeunes entament leur seizième jour de grève de la faim sous des bâches de fortune. Des milliers de manifestants se relaient autour d’eux, jour et nuit, pour réclamer plus de transparence dans les recrutements. Parmi eux, Rupesh, candidat deux fois au concours de recrutement d’enseignants : « Ça fait deux ans que j'attends mes résultats. J’ai écrit de nombreux e-mails au recteur, et au département de l’Éducation du Jharkhand. Pourquoi cachent-ils mes résultats ? Si je ne suis pas qualifié, montrez-moi mes résultats ! »
Les manifestants dénoncent un système de recrutement miné par la corruption et les fuites aux examens. Dans cet État industriel, le pouvoir est partagé entre le Front de libération du Jharkhand et le Congrès. Shivshankar, professeur dans le secondaire, met en cause ce pouvoir local : « Ce gouvernement est aveugle et sourd. Alors je demande une chose : si vous avez des mains, arrêtez les coupables ! Pourquoi se cacher derrière la police ? »
Une mobilisation soutenue par des figures nationales
Pour élargir la mobilisation, les syndicats étudiants ont fait appel à des figures nationales. Parmi elles, Neha Bora, figure de la contestation des « cafards » à New Delhi et présidente de l'AISA (All India Students' Association), fédération étudiante de gauche. « Notre plan est très simple : l’énergie de ce mouvement qu'on vient de voir dans tout le pays, elle doit être canalisée », explique-t-elle.
Premier effet de la mobilisation : dix-neuf personnes arrêtées, dont quatre fonctionnaires soupçonnés de fraudes au concours de recrutement dans la fonction publique. Il reste le malaise politique, puisqu'au Jharkhand, où le Congrès participe au gouvernement, Rahul Gandhi est resté en retrait.