Get all your news in one place.
100's of premium titles.
One app.
Start reading
France 24 (Français)
France 24 (Français)
World
Pauline ROUQUETTE

Chasseurs d'éclipses : de père en fils, à la poursuite de l'ombre de la Lune (1/4)

La famille de Jared Kho, originaire de Singapour, traverse le globe pour chasser les éclipses depuis une vingtaine d'années.
La famille de Jared Kho, originaire de Singapour, traverse le globe pour chasser les éclipses depuis une vingtaine d'années. © Studio Graphique FMM

Éclipse totale de Soleil (1/4). Le 12 août, le nord de l'Espagne sera traversé par une éclipse solaire totale, l'un des événements astronomiques les plus attendus de la décennie en Europe. Janet Tay, Koh Joo Beng et leur fils Jared parcourent inlassablement la planète pour ces quelques instants parmi les plus rares qu'offre le ciel.

Pour certains, courir les éclipses est une affaire de famille. Jared Kho, 37 ans, est originaire de Singapour, mais depuis 2012, il traverse le globe pour vivre ces quelques minutes de nuit en plein jour, dans les pas de ses parents, Janet Tay et Koh Joo Beng, qui chassent en couple les éclipses depuis près de vingt ans.

En 2012, c'est à bord d’un bateau, “quelque part entre Tahiti et l’Australie” que Jared – alors âgé de 23 ans – a assisté à sa première éclipse totale, raconte sa mère sur le carnet de route qu'elle alimente pour documenter leurs périples et les spécificités de chacun des phénomènes astronomiques qu’ils observent.

“Mon père et moi observons les éclipses ensemble depuis des années”, raconte Jared. À ce jour, son père a été témoin de 14 éclipses solaires, lui de quatre. L’éclipse totale de Soleil qui se produira le 12 août au-dessus d'une partie du Groenland, de l'Islande et de l'Espagne sera sa cinquième, et de nouveau il la contemplera depuis un bateau.

Leur navire voguera au large de La Corogne, ville portuaire de Galice, dans le nord-ouest de l’Espagne. L'isolement en mer leur permettra ainsi d'éviter les problèmes logistiques rencontrés à terre : trafic dense, hébergements difficiles à trouver ou coûteux, affluence sur les sites d'observation...

Qui plus est, "les navires de croisière parviennent généralement à s'approcher de la ligne centrale de la bande d'éclipse", s'enthousiasme Jared.

Au large, l’horizon dégagé permettra, malgré la faible altitude du Soleil au moment de l’éclipse (environ 10°, avant le coucher du Soleil), de profiter de la vue sans qu’aucun obstacle ne vienne gâcher le spectacle.

"L'éclipse d'août ayant lieu très tard dans la journée, l'Espagne présente un défi aussi beau qu'unique. Sans une planification parfaite de votre point d'observation, une rangée d'arbres ou le toit d'un hôtel risquent de masquer la vue", prévient sur un groupe Facebook dédié à l’éclipse celui qui, avec son père, a publié un guide, "Chasing Totality : The Complete Handbook for the 2026 Total Solar Eclipse", pour aider ceux qui se rendront dans la partie espagnole de la bande de totalité à trouver sur place les meilleurs points d’observation.

À lireTotale en Espagne, partielle en France : cinq choses à savoir sur l’éclipse solaire du 12 août

Les articles de la série

Alors que l'Europe n'a pas observé d'éclipse solaire depuis 1999, France 24 consacre une série d'articles à cet événement astronomique parmi les plus attendus de la décennie sur le continent, avec des reportages depuis la bande de totalité, en Espagne.

Chasseurs d'éclipses : de père en fils, à la poursuite de l'ombre de la Lune (1/4)
Couronne solaire, comportement animal et humain... que peuvent nous apprendre les éclipses ? (2/4)

Les conseils qu'il prodigue aujourd'hui sont le fruit d'années d'apprentissage, jalonnées de quelques erreurs de débutant.

"Lors de ma première éclipse – avant l'ère des smartphones offrant des photos de bonne qualité –, j'ai perdu pas mal de temps à essayer de prendre une photo de la couronne solaire avec mon vieux Nokia", se rappelle-t-il. "Je l'ai regretté : j'aurais simplement dû profiter de l'éclipse pour ce qu'elle était, d'autant qu'il est impossible pour un téléphone de restituer ce que l'œil peut voir".

Jared Koh entouré de sa mère, Janet Tay, et de son père, Koh Joo Beng, prise en 2012 sur le pont d'un bateau de croisière, depuis lequel il ont observé une éclipse totale, au beau milieu du Pacifique Sud.
Jared Koh entouré de sa mère, Janet Tay, et de son père, Koh Joo Beng, prise en 2012 sur le pont d'un bateau de croisière, depuis lequel il ont observé une éclipse totale, au beau milieu du Pacifique Sud. © Jared Koh

"Papa adore l'astronomie, maman adore voyager"

Comme la plupart des chasseurs d'éclipses, observer le ciel reste un passe-temps exercé en parallèle d'une activité professionnelle parfois aux antipodes.

Jared conçoit et anime des programmes de formation destinés aux responsables du système de santé public de Singapour ; ses parents, désormais retraités, étaient respectivement ingénieur électricien et experte comptable, bien que son père ait, une fois sa carrière achevée, succombé à l'appel de sa passion dévorante en reprenant un master d'astronomie à l'université.

Comme le disait le célèbre chasseur d'éclipses Fred Espenak – qui affirmait y avoir assisté depuis chaque continent, y compris l'Antarctique – les éclipses sont "une façon extraordinaire de découvrir le monde". Et ce n'est pas la famille de Jared qui dira le contraire.

"Papa adore l'astronomie, maman adore voyager. La chasse aux éclipses est le mariage naturel de leurs passions", affirme Jared, qui, ayant hérité de ce hobby, se considère comme un "chasseur d'éclipses de deuxième génération".

Chaque périple est savamment planifié par sa mère deux ans à l'avance. Il faut alors réserver les billets d'avion, l'hébergement pour passer une à deux semaines sur place. "La chasse aux éclipses est un loisir coûteux", concède Jared Koh alors que chaque voyage leur coûte généralement plus de 3 000 dollars par personne.

Son père, lui, s'occupe de l'équipement, apportant avec lui plusieurs appareils photo, objectifs et filtres solaires pour immortaliser l'éclipse. Des caméras à 360° et des drones leur permettent également de filmer les environs depuis le ciel.

Le Pacifique Sud en 2012, Idaho Falls (Idaho, États-Unis) en 2017, Exmouth (Australie) en 2023, Kerrville (Texas, États-Unis) en 2024... S'il s'agit, chaque fois, d'une histoire de Lune qui cache le Soleil, aucune des éclipses auxquelles il a assisté ne lui a donné de sentiment de déjà-vu.

"Ce sont les lieux qui font toute la différence", dit-il, faisant écho aux mots écrits par sa mère deux ans auparavant à propos de l'éclipse observée depuis le Texas.

"Mère Nature nous a offert son lot de caprices : vents violents, gros nuages ​​cotonneux, averses torrentielles par endroits. Nous avons été épargnés par la pluie, mais avons subi le vent et les nuages.

La totalité semblait hors de portée – aperçue furtivement par quelques rayons de soleil entre le premier et le second contact, puis, au moment où elle arrivait, les nuages ​​ont déferlé, nous laissant entrevoir la totalité par bribes."

Janet Tay

L'émerveillement de l'infiniment petit, face à l'infiniment grand

"La seule chose qui reste identique, quel que soit l’endroit, c’est le déroulement de l’éclipse", ajoute Jared, décrivant l'enchaînement prévisible mais non moins grisant qu'il revit à chaque observation. "Il y a toujours un moment d’attente et d’anticipation à mesure que le Soleil se fait de plus en plus obscurcir, puis une explosion d’enthousiasme au moment où la totalité survient".

Un sentiment global qui a d'ailleurs été documenté et fait régulièrement l'objet d'études, des psychologues et chercheurs en sciences cognitives s'intéressant à l'effet des éclipses sur les émotions, sur les comportements sociaux et le rapport à la science.

Lors d'une étude menée auprès de plus de 1 300 personnes au cours de l'éclipse totale de 2024, les participants ont attribué des niveaux d'émerveillement ("awe") exceptionnellement élevés, et beaucoup décrivaient encore cette émotion quelques mois après. Certains évoquaient des larmes, un silence spontané ou une difficulté à mettre leur expérience en mots.

Une autre étude, publiée en 2025 dans The Journal of Positive Psychology, montre que les personnes ayant vécu la totalité en groupe rapportaient davantage d'émotions positives, un émerveillement plus intense, et un sentiment de connexion aux autres plus fort que celles qui l'avaient observée seules.

"L'éclipse est un événement d'une ampleur cosmique : l'alignement des corps célestes nous révèle à quel point nous, humains, sommes petits sur cette Terre – qui n'est d'ailleurs qu'un rocher filant à toute allure dans l'espace", conclut Jared, évoquant le sentiment d'humilité que force un tel phénomène. "À cette échelle, il m'apparaît évident que ce que je chéris le plus, c'est le temps limité dont je dispose sur cette planète."

Sign up to read this article
Read news from 100's of titles, curated specifically for you.
Already a member? Sign in here
Related Stories
Top stories on inkl right now
One subscription that gives you access to news from hundreds of sites
Already a member? Sign in here
Our Picks
Fourteen days free
Download the app
One app. One membership.
100+ trusted global sources.